L’amphithéâtre de l’Université de Kolwezi, dans la province du Lualaba, a servi de cadre au vernissage de l’ouvrage « La théorie de la guerre juste à l’épreuve de la guerre asymétrique », signé par le Général de Brigade Eddy Kapend. Portée sur les fonts baptismaux par la Gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka Saini, cette cérémonie a réuni des autorités politico-administratives, des universitaires, des chercheurs, des étudiants ainsi que plusieurs personnalités du monde scientifique et de la défense autour d’une œuvre qui nourrit la réflexion sur les enjeux stratégiques, juridiques et éthiques des conflits contemporains.

À travers cette publication, le Général Eddy Kapend ne se limite pas à une analyse militaire des guerres actuelles. Il ouvre un vaste champ de réflexion sur la manière dont les profondes mutations des conflits armés remettent en question les principes qui ont, pendant des siècles, encadré le recours à la force et la conduite des hostilités. Son ouvrage s’adresse autant aux spécialistes des questions de sécurité qu’aux chercheurs, juristes, universitaires, étudiants et décideurs appelés à comprendre les nouveaux défis qui façonnent l’environnement sécuritaire mondial.
L’auteur part d’un constat : les conflits contemporains ne répondent plus aux schémas traditionnels des guerres entre États. Les armées régulières sont désormais confrontées à des groupes armés non conventionnels qui privilégient la guérilla, les attaques surprises, les actes terroristes ou les embuscades, tout en évoluant au sein des populations civiles. Cette réalité bouleverse les repères classiques de la stratégie militaire et complexifie l’application des règles du droit international humanitaire.
Dans cette perspective, le Général Eddy Kapend revisite la théorie de la guerre juste, une doctrine héritée des grands penseurs comme Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin, qui établit les critères permettant d’apprécier la légitimité d’une guerre, les règles qui doivent gouverner sa conduite ainsi que les conditions indispensables à l’instauration d’une paix durable après les combats. Selon lui, cette théorie demeure pertinente, mais elle exige aujourd’hui une lecture renouvelée face aux nouvelles formes de violence qui caractérisent le XXIᵉ siècle.

L’ouvrage met particulièrement en lumière les dilemmes auxquels sont confrontées les forces armées engagées dans des guerres asymétriques. Comment protéger les populations lorsque les groupes armés se mêlent aux civils ? Comment identifier l’ennemi lorsqu’il n’appartient à aucune armée régulière et ne porte aucun signe distinctif ? Comment préserver les principes de proportionnalité et d’humanité tout en répondant efficacement aux exigences opérationnelles ? Ces interrogations occupent une place centrale dans la démonstration développée par l’auteur.
Au fil de son analyse, le Général Kapend rappelle que la puissance militaire, aussi importante soit-elle, ne constitue jamais à elle seule une garantie de victoire durable. Une opération militaire ne peut produire une paix véritable que si elle s’appuie sur une légitimité juridique, morale et politique. Pour l’auteur, le respect des droits fondamentaux, la protection des personnes civiles et l’observation des normes internationales demeurent des conditions essentielles pour éviter que les conflits ne se prolongent ou ne se transforment en nouvelles sources d’instabilité.

L’essai plaide ainsi pour une évolution des doctrines militaires afin qu’elles puissent répondre aux menaces actuelles sans renoncer aux valeurs universelles qui fondent le droit des conflits armés. Il défend une approche où l’efficacité stratégique doit constamment s’accompagner d’une responsabilité éthique, la recherche de la victoire devant rester compatible avec les impératifs de justice, de proportionnalité et d’humanité.
Cette réflexion trouve une résonance particulière en République démocratique du Congo et sur le continent africain, où plusieurs États sont confrontés à des groupes armés aux modes d’action asymétriques. Sans se limiter au cas congolais, le Général Eddy Kapend propose des pistes de réflexion susceptibles d’alimenter les politiques de défense, la recherche universitaire ainsi que les débats sur la gouvernance sécuritaire en Afrique.
Le choix de l’Université de Kolwezi pour accueillir ce vernissage illustre également la volonté de rapprocher la pensée stratégique du monde académique. En associant les universités à cette réflexion, l’auteur souligne l’importance de la recherche scientifique dans l’élaboration des réponses aux défis sécuritaires contemporains, tout en encourageant un dialogue entre les milieux militaires, juridiques et universitaires.

Par cette contribution intellectuelle, le Général de Brigade Eddy Kapend enrichit la littérature stratégique francophone et apporte un regard novateur sur les mutations de la guerre moderne. Son ouvrage rappelle qu’au-delà des considérations tactiques et des impératifs opérationnels, la quête de la paix passe inévitablement par le respect du droit, de la justice et de la dignité humaine. Une œuvre qui s’impose comme une référence pour tous ceux qui s’intéressent aux questions de sécurité, de gouvernance et de stabilité dans un monde où les conflits évoluent sans cesse.
✍🏽 Bobo Bolia Trésor



