La province du Lualaba traverse l’une de ses journées les plus tendues depuis plusieurs mois.
À l’origine de cette flambée de violences, l’arrêté du ministre des Mines portant suspension conservatoire et préventive des activités minières, ainsi que des opérations de traitement et de commercialisation de toutes les entités exploitant des substances minérales issues de l’exploitation minière artisanale dans la filière cupro‑cobaltifère, sur l’ensemble du territoire national.
Dès la matinée de ce samedi, la cité de Luilu s’est transformée en véritable foyer de contestation.
Des centaines de creuseurs artisanaux et de membres de la population ont envahi les artères principales pour dénoncer une mesure qu’ils qualifient de « condamnation sociale ». La situation a rapidement dégénéré en affrontements violents avec les services de sécurité.
« On nous parle de suspension conservatoire et préventive, mais nous n’avons aucune alternative pour survivre. C’est une décision prise loin du terrain, contre les pauvres », confie un creuseur artisanal sur place.
Selon plusieurs sources locales, des altercations graves ont éclaté. Des blessés ont été enregistrés de part et d’autre. Des témoins affirment qu’un policier aurait été désarmé par des manifestants dans le chaos ambiant. Des coups de feu ont été entendus, plongeant la population dans la panique.
Un militaire aurait perdu la vie lors de ces affrontements, tandis que plusieurs creuseurs auraient été atteints par balles, certains à bout portant, selon des témoignages recueillis sur place, en attendant une confirmation officielle.
À Tenke et dans la commune urbano-rurale de Fungurume, des scènes similaires ont été signalées. Activités minières paralysées, rassemblements spontanés, tension permanente entre population et forces de l’ordre.
Partout, la même incompréhension et le même sentiment d’abandon.
« Ils parlent de réorganisation et de suspension préventive, mais nos enfants mangent quoi ? Nos familles vivent de ces mines », s’indigne un habitant de Fungurume.
À Kolwezi.
Le quartier Kanina a également connu une manifestation de creuseurs artisanaux miniers.
Brandissant des outils de travail, les protestataires ont dénoncé une décision qu’ils estiment déconnectée de la réalité sociale du Lualaba, province pourtant au cœur de la richesse minière nationale.
Cette crise met crûment en évidence le décalage entre la mesure conservatoire annoncée par le ministère et la réalité du terrain.
Si le gouvernement insiste sur le caractère préventif et temporaire de la suspension, sur le terrain, c’est la survie de milliers de ménages qui est directement menacée.
À l’heure actuelle, aucune communication officielle claire n’a encore été faite sur le bilan exact des incidents ni sur les mesures d’urgence visant à calmer la situation. Pendant ce silence, la colère gronde, la peur s’installe et le risque d’un embrasement généralisé reste réel.
Le Lualaba, poumon minier du pays, paie déjà le prix d’une décision qui, sans accompagnement social et sans dialogue, pourrait laisser derrière elle bien plus que des mines à l’arrêt, des vies brisées et une fracture sociale profonde.
✍🏽 Par Bobo Bolia Trésor



