Dans la province du Lualaba, où la copperbelt congolaise alimente une production mondiale de cuivre et de cobalt stratégique pour la transition énergétique, la question de la délocalisation des populations vivant à proximité des concessions minières est un enjeu majeur de gouvernance locale.
Aux villages Kansuki et Wasalangana, la récente opération de délocalisation annoncée par Kinsafu Mining SA (KIMIN) a suscité débats, interrogations et parfois critiques.
Pour comprendre les dynamiques à l’œuvre, la rédaction de PlaneteMedia s’est rendue sur le terrain et a confronté les faits à la législation, aux perceptions locales et aux engagements de l’entreprise.
La République démocratique du Congo dispose d’un cadre juridique clair pour les activités minières, notamment pour ce qui touche aux relations avec les communautés.
Le Code minier révisé impose aux opérateurs de prendre des mesures strictes lorsque les zones d’exploitation menacent la sécurité ou les conditions de vie des populations locales, y compris via des délocalisations accompagnées d’indemnisation juste et préalable.
Ces démarches doivent être conduites sous le contrôle des autorités provinciales compétentes et dans le respect des droits fonciers coutumiers.Dans ce contexte, KIMIN s’est engagée dans une procédure conforme :
le périmètre a été défini, les ménages concernés identifiés et des mécanismes d’accompagnement, y compris d’indemnisation, prévus en coordination avec la commission provinciale chargée de la délocalisation.Un responsable de l’entreprise explique :
« La délocalisation n’est pas une décision prise à la légère. Elle intervient uniquement lorsque les conditions de sécurité et de santé des populations ne peuvent plus être garanties à proximité des installations minières. Toutes les étapes se font en collaboration avec les autorités et les chefs coutumiers », précise un cadre de Kinsafu Mining SA.
Au-delà de la conformité juridique, la démarche de Kinsafu Mining répond avant tout à un enjeu sécuritaire et sanitaire réel.
La cohabitation à longue échéance entre installations d’exploitation industrielle et zones d’habitations peut exposer les populations à des risques tangibles (poussières, nuisances sonores, vibrations liées aux activités minières, risques d’accidents).
Cela justifie une approche préventive plutôt que corrective.En optant pour une délocalisation maîtrisée, l’entreprise évite des situations où des dommages ou incidents pourraient compromettre la vie et les moyens de subsistance des populations.
Cette logique de prévention prolonge les obligations minimales imposées par le droit minier congolais, quelque chose que tous les opérateurs ne pratiquent pas avec la même rigueur.Sur le terrain, certains habitants reconnaissent cette réalité.
« Nous vivons très près des installations minières. Il y a beaucoup de poussière, des vibrations et du bruit, surtout à certaines heures. Ce n’est pas facile de partir, mais rester ici comporte aussi des risques », confie un habitant de Wasalangana rencontré par PlaneteMedia.
Sur place, l’enquête de PlaneteMedia montre que la perception des habitants n’est pas monolithique.Si une inquiétude est palpable, notamment liée à l’instabilité et aux précédentes expériences de relogement, plusieurs interlocuteurs reconnaissent la nécessité de mesures structurantes et sécurisées.
Le chef de terre Koni, Kalenga Mwabuka Denis, a, pour sa part, déploré certaines dérives observées autour du processus, appelant à plus de rigueur et de responsabilité collective.
« Il faut dire la vérité sans détour. Plusieurs personnes qui réclament aujourd’hui une délocalisation ne sont pas originaires de Kansuki ni de Wasalangana. Elles venaient ici uniquement pour des activités champêtres saisonnières et repartaient ensuite. Elles n’avaient ni maisons ni attache durable dans ces villages », a-t-il déclaré.
Cette déclaration revient à poser une problématique plus large, mise en évidence par les constats de terrain de la rédaction.
Plusieurs des personnes actuellement présentes dans la zone concernée n’étaient pas des résidents permanents des villages de Kansuki et Wasalangana.
Leur présence était historiquement liée à des activités agricoles temporaires, sans installation durable ni occupation continue de l’espace villageois.
Or, depuis l’annonce officielle de la délocalisation, de nombreuses habitations nouvellement construites sont apparues, modifiant sensiblement la physionomie des lieux.
Ces constructions récentes semblent répondre à une logique d’anticipation des indemnisations, visant à créer artificiellement une éligibilité au processus de délocalisation.Cette dynamique, loin d’être anodine, fragilise l’équité du mécanisme, en brouillant la distinction entre ayants droit légitimes et installations de circonstance.
Elle alimente également les tensions sociales et complique la tâche des autorités coutumières, des services techniques et de l’entreprise.
KIMIN déplore ces pratiques, qu’elle qualifie de tentatives de profit indu, et rappelle que l’indemnisation ne peut être répétée indéfiniment pour les mêmes ménages.
« L’indemnisation est un droit encadré par la loi. Elle ne peut être accordée qu’une seule fois aux ayants droit identifiés selon des critères précis, validés par les autorités compétentes », insiste un responsable de l’entreprise.
Cette position s’inscrit dans une logique d’équité et d’application stricte des critères d’éligibilité définis avec les autorités techniques provinciales.Il faut noter que l’entreprise ne se limite pas à une seule dimension de ses obligations.
Conformément à la loi, KIMIN contribue au développement des communautés autour de ses sites, notamment à travers une contribution obligatoire de 0,3 % de son chiffre d’affaires destinée à financer des projets d’intérêt communautaire.
Cette contribution est gérée via des cahiers de charges communautaires validés avec les autorités locales et permet la réalisation de projets socio-économiques tels que des initiatives agricoles, des aménagements de pistes rurales ou des programmes de subsistance.
Un membre de la communauté souligne toutefois l’importance du suivi :
« Les projets existent, mais nous souhaitons plus de clarté dans la communication afin que chacun comprenne comment les fonds communautaires sont utilisés », confie un notable local.
D’autre part, l’entreprise ne se contente pas d’être un simple opérateur extractif :
une partie de ses actions inclut la création d’infrastructures innovantes et structurantes, tout en respectant les normes environnementales nationales et internationales, afin de minimiser l’impact sur la biodiversité et les ressources naturelles locales.
Sur le plan macroéconomique, la production de cuivre et de cobalt de Kinsafu Mining figure parmi les contributions significatives du secteur au potentiel industriel et fiscal du pays.
Les performances de production ainsi que les paiements effectués au Trésor public et aux entités territoriales décentralisées témoignent d’une participation substantielle à l’effort de développement national, au-delà de la seule exploitation des ressources naturelles.Nouveau point sur les comportements abusifs.
Par ailleurs, responsables communautaires et cadres de l’entreprise ont chacun dénoncé des comportements à risque, où certaines personnes tenteraient d’instrumentaliser la délocalisation à des fins personnelles.
Selon eux, ces individus n’hésitent pas à formuler des accusations infondées ou exagérées à l’encontre de Kinsafu Mining, dans l’espoir d’obtenir des compensations ou des avantages indus.
« Il est important de rappeler que l’entreprise respecte scrupuleusement les procédures et les critères d’éligibilité définis avec les autorités compétentes. Les accusations infondées ne servent ni la communauté ni le processus », explique un responsable de KIMIN.
Du côté des autorités locales, on insiste également :
« Les comportements qui consistent à fabriquer des prétextes ou à exagérer les faits pour prétendre à des indemnités menacent l’équité et la cohésion sociale. La vigilance est de mise afin que seuls les véritables ayants droit bénéficient du dispositif », rappelle un responsable communautaire.
Cet avertissement souligne la nécessité d’une coopération renforcée entre les communautés et l’entreprise, et d’un filtrage rigoureux des demandes, afin de garantir que le processus de délocalisation reste équitable, transparent et au service des populations réellement concernées.
À un moment où le débat public tend parfois à réduire les actions minières à des oppositions binaires simplistes, l’enquête de PlaneteMedia rétablit les faits : la délocalisation à Kansuki et Wasalangana n’est ni arbitraire ni opaque.
Elle s’inscrit dans un cadre légal rigoureux, répond à une logique de prévention de risques réels et s’accompagne d’engagements sociaux et environnementaux concrets de la part de Kinsafu Mining SA.
Certes, des défis demeurent, notamment en matière de communication, de contrôle des installations opportunistes et de coordination entre les parties prenantes. Mais ces difficultés ne remettent pas en cause le bien-fondé du processus.
Elles soulignent plutôt la nécessité d’une coopération renforcée entre autorités locales, communautés et entreprise, dans le respect strict des droits, des devoirs et des responsabilités de chacun.
Au terme de son enquête, PlaneteMedia constate que le processus de délocalisation engagé à Kansuki et Wasalangana repose sur des fondements légaux, sécuritaires et sociaux clairement établis, et ne saurait être confondu avec les dérives observées en marge de sa mise en œuvre.
Si certaines pratiques opportunistes, motivées par des considérations financières immédiates, ont été relevées, elles ne peuvent être imputées ni à l’entreprise ni à l’esprit du dispositif, mais appellent plutôt à une prise de conscience collective et à un strict respect des critères d’éligibilité.
L’initiative de Kinsafu Mining, en ce qu’elle privilégie la prévention des risques, l’encadrement institutionnel et le respect de l’environnement, mérite d’être encouragée, car elle s’inscrit dans une approche responsable de l’activité minière.
Elle invite également les communautés à distinguer clairement les besoins sociaux légitimes, qui doivent être exprimés dans des cadres appropriés, d’un processus de délocalisation qui ne peut ni ne doit devenir un mécanisme de réponse à des difficultés financières individuelles.
✍🏽 Par la rédaction



