À Kisanfu 2, localité rurale de la province du Lualaba, la saison culturale devait rimer avec récoltes et revenus.

Les bananiers arrivaient à maturité, les champs de maïs verdoyaient, les maniocs promettaient une production abondante. En quelques jours pourtant, le paysage a basculé. Des hectares de cultures vivrières ont été réduits à néant.
Selon plusieurs cultivateurs rencontrés sur place, des engins lourds auraient procédé à la destruction systématique des champs agricoles afin de permettre l’extension des installations de la société Brother Mining, exploitant une importante usine de traitement dans la zone.

Les dégâts décrits par les habitants sont considérables : bananiers en pleine production, avocatiers adultes, maïs, manioc, tomates et diverses cultures maraîchères auraient été rasés. Pour ces familles, l’agriculture ne constitue pas une activité secondaire, mais l’unique source de subsistance.

La perte des champs signifie absence de revenus, insécurité alimentaire et impossibilité de financer la scolarité des enfants ou les soins de santé.
« Nous avions tout investi dans cette saison. Aujourd’hui, il ne nous reste plus rien », confie un cultivateur, montrant une parcelle entièrement nivelée.
Les habitants affirment que l’entreprise avait déjà sécurisé son périmètre par l’érection d’un mur de clôture, mais chercherait désormais à étendre son emprise au-delà des limites initialement établies.
Plusieurs cultivateurs dénoncent un mécanisme d’indemnisation qu’ils jugent inéquitable.
Selon leurs témoignages, des montants variant entre 20 et 50 dollars américains seraient proposés, indépendamment de la superficie exploitée ou de la valeur réelle des cultures détruites.
« Que vous ayez un demi-hectare ou plusieurs hectares, on vous propose presque la même chose », affirme un autre exploitant agricole.
Des allégations font également état de l’implication d’une commission provinciale chargée de la délocalisation ainsi que de services du ministère de l’Agriculture.

Ces affirmations restent, à ce stade, non confirmées par les autorités concernées.
Certains habitants évoquent par ailleurs la présence de militaires lors des opérations de destruction, ce qui aurait installé un climat de tension et de peur au sein de la communauté.
Des sources locales s’interrogent également sur la conformité de l’usine de traitement aux normes environnementales en vigueur, sans qu’aucune communication officielle n’ait été rendue publique à ce sujet.
Dans une province à forte vocation minière comme le Lualaba, les autorités rappellent régulièrement la nécessité de diversifier l’économie et de promouvoir l’agriculture, les ressources minières étant par nature épuisables.
La situation de Kisanfu 2 illustre la fragilité de l’équilibre entre exploitation industrielle et sécurité alimentaire.
Les populations interrogées affirment ne pas bénéficier d’actions communautaires visibles depuis l’implantation de l’entreprise, évoquant l’absence d’infrastructures scolaires, sanitaires ou d’accompagnement agricole.
Contactés, des responsables de Brother Mining ont indiqué être en congé et promettent de réagir ultérieurement. À l’heure actuelle, aucune version officielle détaillée de l’entreprise n’a été rendue publique.
En pleine saison culturale, les familles de Kisanfu 2 se retrouvent sans terres exploitables, sans récoltes et sans alternatives immédiates.

Elles disent désormais compter sur l’État congolais pour établir les faits, évaluer les dommages réels et garantir, le cas échéant, une indemnisation juste et conforme à la loi.
✍🏽 Par Jean-Claude Mukenga



