La Coalition Article 64 (C64) continue de susciter de vives réactions au sein de la classe politique congolaise. Présentée par ses initiateurs comme une plateforme destinée à défendre la Constitution et à faire barrage à toute tentative de révision constitutionnelle, elle fait également l’objet de critiques de plus en plus sévères de la part de plusieurs acteurs politiques qui dénoncent son orientation et ses méthodes.
Parmi les voix les plus critiques figure celle de Sonny Mutombo Mutala, leader de la jeunesse congolaise et acteur politique engagé, ancien candidat à la députation nationale dans la circonscription de la Tshangu pour le compte du parti politique Biso Peuple, membre du regroupement Les Progressistes du président Samy Badibanga.
Contacté par la rédaction, l’acteur politique ne cache pas sa profonde préoccupation face à ce qu’il qualifie de dérive politique majeure, susceptible d’alimenter davantage les fractures nationales dans un contexte déjà marqué par la guerre, l’insécurité et les tensions institutionnelles.
Selon lui, la C64 ne constitue pas une plateforme de défense de la Constitution mais plutôt « une coalition de circonstance bâtie sur la peur, la manipulation de l’opinion et l’exploitation politique d’un article constitutionnel ».
« L’article 64 n’a jamais été conçu pour servir de fonds de commerce politique à des acteurs en manque de projet de société. On veut faire croire aux Congolais que la République est en danger alors que ceux qui lancent ces alertes permanentes sont incapables de présenter une vision cohérente de ce qu’ils proposent pour le pays », déclare Sonny Mutombo Mutala.
Pour lui, la C64 ne vit que de la contestation et de la confrontation.
« Depuis sa création, cette plateforme n’a produit aucune réflexion économique majeure, aucune proposition sociale sérieuse, aucun projet de développement. Son existence semble uniquement fondée sur le rejet, la dénonciation et la création d’un climat de tension permanente », affirme-t-il.
Le leader de la jeunesse congolaise estime que la coalition a choisi de faire de la peur son principal programme politique.
« À défaut de convaincre les Congolais par des idées, certains ont choisi de les mobiliser par l’angoisse. À défaut de proposer un projet national, ils tentent d’imposer un récit de catastrophe permanente. C’est une stratégie politique dangereuse parce qu’elle nourrit la méfiance, fragilise les institutions et divise davantage la nation », soutient-il.
Selon lui, la C64 cherche à se présenter comme l’unique détentrice de la vérité constitutionnelle alors qu’aucune force politique n’a le monopole du patriotisme ni celui de l’interprétation de la Constitution.
« La Constitution de la République n’est pas la propriété privée d’une coalition politique. Aucun groupe ne peut s’arroger le droit de décider seul qui est républicain et qui ne l’est pas. Cette posture est arrogante, antidémocratique et dangereuse pour notre cohésion nationale », martèle-t-il.
Mais c’est surtout sur les rapprochements observés entre certaines composantes de l’opposition politique et des mouvements armés actifs dans l’Est du pays que Sonny Mutombo Mutala hausse le ton.
Il estime que cette situation constitue une faute politique et morale extrêmement grave dans un contexte où des milliers de Congolais continuent de payer le prix de l’insécurité.
« Ce qui me choque profondément, c’est de voir certains acteurs politiques prétendre défendre la démocratie tout en affichant une proximité politique avec ceux qui sèment la mort, la désolation et la terreur dans l’Est de notre pays », lance-t-il.
Et d’ajouter :
« On ne peut pas revendiquer la défense de la Constitution le matin et fermer les yeux sur ceux qui tuent nos compatriotes l’après-midi. On ne peut pas parler de démocratie tout en banalisant les groupes armés qui pillent nos ressources, violent nos mères et nos sœurs, incendient des villages et contraignent des milliers de familles à fuir leurs terres. »
Pour Sonny Mutombo Mutala, l’histoire retiendra sévèrement tous ceux qui auront tenté de donner une respectabilité politique à des acteurs impliqués dans la souffrance du peuple congolais.
« Les Congolais sont morts à Beni, à Rutshuru, à Masisi, à Nyiragongo, à Bunagana et dans plusieurs autres territoires. Des enfants ont été arrachés à leurs familles. Des femmes ont été violées. Des villages ont été rayés de la carte. Dans un tel contexte, toute ambiguïté à l’égard des groupes armés constitue une faute morale impardonnable.»
L’ancien candidat à la députation nationale considère que certains responsables politiques ont franchi une ligne rouge que l’histoire et le peuple congolais ne leur pardonneront pas facilement.
« Une opposition républicaine combat dans les idées, dans les institutions et devant le peuple. Elle ne cherche jamais son salut dans les armes. Elle ne trouve jamais des circonstances atténuantes à ceux qui endeuillent la nation. »
Pour Sonny Mutombo Mutala, la frontière entre l’opposition républicaine et les groupes armés doit être claire et infranchissable.
« L’opposition est un pilier de toute démocratie. Mais lorsqu’une opposition non armée commence à donner l’impression qu’elle partage un même agenda ou une même stratégie avec ceux qui prennent les armes contre la République, elle perd une partie importante de sa crédibilité morale et politique », estime-t-il.
Il va plus loin et met en garde contre ce qu’il considère comme une tentative de normalisation de l’inacceptable.
« Le peuple congolais ne doit jamais accepter que ceux qui portent les armes contre la nation deviennent des partenaires politiques fréquentables. Le sang versé par nos compatriotes ne peut pas être effacé par des calculs électoraux ou des alliances de circonstance. »
Le membre des Progressistes considère également que la C64 risque de devenir un instrument de division nationale à un moment où le pays a davantage besoin d’unité.
« Le peuple congolais attend des solutions, pas des slogans. Il attend des projets, pas des menaces voilées. Il attend des hommes d’État capables de rassembler la nation, pas des acteurs politiques qui entretiennent un climat de confrontation permanente », soutient-il.
Face à la situation sécuritaire persistante dans l’Est de la RDC, Sonny Mutombo Mutala appelle les forces politiques à faire preuve de responsabilité.
« La priorité aujourd’hui devrait être la défense de l’intégrité territoriale, le soutien à nos forces de défense et la solidarité avec les populations victimes de la guerre. Tout le reste doit passer après. Aucun calcul politique ne devrait être plus important que la survie de la nation. »
Il conclut par une mise en garde ferme :
« L’histoire jugera chacun d’entre nous. Elle jugera ceux qui ont défendu la République et ceux qui ont choisi d’affaiblir ses fondements. Elle jugera ceux qui ont soutenu les populations meurtries et ceux qui ont préféré instrumentaliser leurs souffrances à des fins politiques. La nation congolaise survivra à toutes les ambitions personnelles, mais elle ne survivra pas à la banalisation de la violence et à la trahison de ses intérêts fondamentaux.»
Cette sortie médiatique intervient alors que les débats autour de la C64 continuent d’alimenter les discussions au sein de la classe politique congolaise et de l’opinion publique.
✍🏽 Par Bobo Bolia Trésor



