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Kamonia : le marché « pirate » résiste, le marché moderne de la BAD reste désert, les artères de la cité se transforment en marchés à ciel ouvert

À Kamonia, chef-lieu du territoire du même nom dans la province du Kasaï, un paradoxe frappe les habitants, alors qu’un marché moderne construit grâce au financement de la Banque africaine de développement (BAD) reste largement sous-utilisé, les principales artères de la cité sont progressivement envahies par des étalages de fortune.

Le débat sur le déplacement des commerçants vers le nouveau marché revient régulièrement dans la cité. Pourtant, sur le terrain, le constat est visible : six jours sur sept, de nombreux vendeurs continuent d’occuper les rues, transformant les voies publiques en véritables marchés à ciel ouvert.

Bâches, tables en bois, cartons et installations précaires bordent désormais plusieurs axes de circulation. Des vendeuses de poissons salés, de légumes, de friperies, ainsi que des vendeurs de pièces détachées se sont installés sur les accotements, au milieu du passage des motos et des véhicules.

Cette occupation anarchique entraîne des conséquences importantes : embouteillages, bousculades et risques permanents d’accidents.

« Les marchés pirates occupent des zones de trafic intense, exposant les piétons, les motocyclistes et les automobilistes à un danger permanent », confie une autorité locale sous couvert d’anonymat.

Pourtant, le marché public moderne de Kamonia avait été conçu comme une réponse durable à cette situation. Grâce à l’appui financier de la BAD, cette infrastructure devait permettre de moderniser les activités commerciales, améliorer les conditions d’hygiène, sécuriser les vendeurs et mettre fin à l’occupation des espaces publics.

Mais plusieurs mois après sa mise en service, le contraste reste saisissant. Les installations sont disponibles, les hangars sont solides et les allées sont propres, mais les commerçants restent peu nombreux à y exercer leurs activités.

Interrogés sur cette réticence, certains vendeurs évoquent plusieurs raisons. Pour certains, des rumeurs circulent autour du nouveau site.

« On nous a dit que le nouveau marché nécessiterait un sacrifice », affirme une vendeuse de manioc.

D’autres commerçants expliquent leur choix par des considérations économiques et pratiques.

« Les clients n’achètent pas beaucoup là-bas. Ils sont habitués à venir ici, au centre de Kamonia », explique un vendeur.

L’éloignement, la crainte de perdre la clientèle, les frais liés à l’occupation des espaces et l’absence d’un accompagnement suffisant figurent également parmi les préoccupations avancées.

Pour plusieurs observateurs, cette situation traduit surtout un manque de sensibilisation adaptée et une rupture entre les autorités et les acteurs du petit commerce.

Du côté de l’administration territoriale, la difficulté est reconnue. Les campagnes de sensibilisation, les communiqués et les appels au transfert vers le nouveau marché peinent à produire les résultats attendus.

« Nous donnons des instructions, nous organisons des descentes et des séances de sensibilisation, mais elles ne sont pas toujours suivies. La résistance demeure persistante », déplore une source administrative.

Cette situation pose aujourd’hui un double défi pour Kamonia : garantir la sécurité des usagers de la route et éviter que cet investissement important de la BAD ne perde son impact social et économique.

Pour COPPROVIGUE/Kasaï, plateforme de vigilance citoyenne, la solution ne devrait pas reposer uniquement sur la contrainte, mais sur une approche basée sur le dialogue et l’accompagnement.

L’organisation recommande notamment des campagnes de sensibilisation de proximité impliquant les chefs de quartiers, les associations de femmes, les jeunes et les leaders communautaires afin de déconstruire les rumeurs et de présenter les avantages du marché moderne : sécurité, hygiène, accès aux services essentiels et meilleures conditions de travail.

COPPROVIGUE propose également une libération progressive des zones les plus dangereuses pour la circulation, tout en prévoyant des solutions temporaires pour les commerçants les plus vulnérables durant la période de transition.

L’organisation appelle le Gouvernement provincial, l’Administrateur du territoire et les forces vives de Kamonia à organiser rapidement un cadre de concertation afin de sauver cet investissement public et de restaurer l’ordre dans la cité.

✍🏽 Par Sadam Kapanda Wa Kapanda

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