Dans une analyse accordée à notre rédaction,Sonny Mutombo Mutala, leader de la jeunesse congolaise et acteur politique engagé, ancien candidat à la députation nationale dans la circonscription de la Tshangu pour le compte du parti politique Biso Peuple, membre du regroupement Les Progressistes du président Samy Badibanga, s’est penché sur la nouvelle dynamique politique en République démocratique du Congo, marquée par la rencontre entre le Président de la République Félix Tshisekedi et les évêques de la CENCO, la reconnaissance du rôle du Rwanda dans l’agression de la RDC ainsi que l’annonce d’un dialogue national.
Pour lui, cette séquence constitue un tournant majeur dans le paysage politique congolais, où le Chef de l’État semble avoir réussi à déplacer le centre du débat, passant d’une logique de confrontation à une dynamique de concertation nationale.
« En politique, celui qui maîtrise l’agenda maîtrise souvent le débat. Aujourd’hui, Félix Tshisekedi est en train de reprendre l’initiative en plaçant le dialogue au cœur de la réponse aux différentes crises que traverse le pays », analyse Sonny Mutombo Mutala.
Selon lui, la rencontre entre le Président de la République et les évêques catholiques n’était pas une simple audience institutionnelle, mais un acte politique lourd de signification dans un pays où l’Église catholique demeure un acteur majeur dans la vie publique.
« La CENCO représente une force morale importante dans notre société. Sa présence dans les grandes séquences politiques de notre pays n’est jamais anodine. Le fait que les évêques soient reçus par le Chef de l’État démontre que la question du dialogue national est désormais placée au centre des préoccupations », explique-t-il.
L’acteur politique estime que le changement de discours observé autour de l’agression de la RDC par le Rwanda constitue également un élément déterminant.
« Pendant longtemps, le débat était parfois noyé dans des considérations diplomatiques ou dans une lecture uniquement interne de la crise sécuritaire. Aujourd’hui, voir plusieurs voix importantes reconnaître clairement la responsabilité du Rwanda dans l’agression que subit notre pays constitue une évolution significative », soutient Sonny Mutombo Mutala.
Pour lui, cette position renforce la stratégie diplomatique menée par Félix Tshisekedi depuis plusieurs années.
« Le Président Tshisekedi a toujours défendu l’idée que la RDC est victime d’une agression extérieure. Le fait que cette lecture soit davantage partagée par des acteurs indépendants comme les évêques donne un poids supplémentaire à cette bataille diplomatique », ajoute-t-il.
Cependant, cette nouvelle proximité entre la CENCO et le pouvoir alimente des interrogations dans certains milieux de l’opposition qui accusent les évêques de jouer le jeu du régime.
À cette question, Sonny Mutombo Mutala appelle à une analyse plus nuancée.
« Il faut éviter de tomber dans une lecture binaire. La CENCO n’est pas une institution du pouvoir, mais elle n’est pas non plus une structure d’opposition. Son rôle historique a toujours été de chercher des espaces de dialogue pour éviter les crises majeures », affirme-t-il.
Toutefois, il reconnaît que cette situation constitue un véritable défi pour l’opposition politique.
« L’opposition avait beaucoup misé sur la mobilisation populaire et sur l’accompagnement moral de certains acteurs institutionnels. Aujourd’hui, elle doit constater que la dynamique a changé. Elle se retrouve face à une nouvelle configuration où le pouvoir occupe davantage l’espace du dialogue », analyse-t-il.
Selon lui, l’échec relatif de la marche annoncée par l’opposition représente une perte stratégique.
« Une marche politique n’a de poids que lorsqu’elle produit un rapport de force visible. Or, lorsque la mobilisation attendue ne crée pas le choc espéré, le pouvoir gagne mécaniquement une marge de manœuvre », explique Sonny Mutombo Mutala.
Pour autant, il estime que l’opposition ne doit pas disparaître du débat national.
« L’opposition reste indispensable dans une démocratie. Mais elle doit se réinventer. Elle ne peut pas uniquement fonctionner dans la contestation du pouvoir. Elle doit également proposer une vision alternative capable de convaincre les Congolais », poursuit-il.
Abordant la question du dialogue annoncé par Félix Tshisekedi, l’acteur politique considère cette initiative comme un moment décisif pour l’avenir du pays.
« Le dialogue sera jugé non pas sur son annonce, mais sur ses résultats. Les Congolais attendent des réponses concrètes sur la sécurité, la souveraineté nationale, la gouvernance et la cohésion sociale », souligne-t-il.
Pour lui, ce processus représente à la fois une opportunité et un risque pour le Chef de l’État.
« Si le dialogue devient un véritable cadre de recherche des solutions nationales, il pourra renforcer la stature du Président Tshisekedi comme un homme d’État capable de rassembler. Mais s’il est perçu comme une simple stratégie politique, il pourrait produire l’effet contraire », prévient-il.
Revenant sur la posture du Président de la République, Sonny Mutombo Mutala estime que Félix Tshisekedi a réussi, pour l’instant, à reprendre l’avantage dans la bataille politique.
« Le Président a compris que la crise congolaise ne se gagne pas uniquement par la force, mais aussi par la capacité à rassembler autour d’une vision. En ouvrant la porte au dialogue, il cherche à repositionner son pouvoir comme un espace de rassemblement national », affirme-t-il.
Cependant, il invite le pouvoir à transformer cette dynamique en résultats concrets.
« Le peuple congolais ne demande pas seulement des discours. Il attend la paix à l’Est, l’amélioration des conditions de vie et une gouvernance plus efficace. La véritable victoire politique sera celle qui apportera des réponses aux attentes de la population », conclut Sonny Mutombo Mutala.
✍🏽 Par Bobo Bolia Trésor



