La littérature s’invite dans un lieu hautement symbolique de Kinshasa. Ce vendredi 4 septembre, l’écrivain congolais Emmanuel Mabondo présentera son deuxième ouvrage, Taifa : Réparer le cœur de la Nation, à l’occasion d’une exposition littéraire organisée au Mémorial du Genocost, dans la commune de Lingwala.
Portée par le Fonds national des réparations des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV), cette initiative entend faire de la littérature un espace de mémoire, de transmission et de réflexion sur l’avenir de la Nation.
Le programme prévoit, de 14h00 à 17h00, une exposition consacrée à l’œuvre d’Emmanuel Mabondo ainsi qu’un atelier d’écriture. La journée se poursuivra à 18h30 avec une cérémonie officielle. Le rendez-vous se veut donc à la fois littéraire et mémoriel, dans un cadre où la question de la transmission du passé occupe une place centrale.
Au cœur de cette rencontre se trouve Taifa, un essai publié en 2026 aux éditions Confluence des Muses. Le titre, qui signifie « Nation » en swahili, annonce une réflexion profonde sur le rapport entre mémoire, génération, conscience et responsabilité. L’ouvrage est porté par deux voix : le Sage, qui représente la mémoire des anciens, et le Prince, symbole d’une jeunesse en quête de sens, de dignité et de vérité.
Dans Taifa, Emmanuel Mabondo refuse de considérer la Nation comme une simple notion abstraite. Il la présente comme « un cœur à réparer », confronté à ses blessures, à son héritage, à sa foi et à ses contradictions. L’auteur place ainsi le lecteur face à un dilemme à la fois intime et collectif : transformer la douleur en œuvre ou chercher à la guérir, sauver la Nation pour elle-même ou se sauver à travers elle.
Cette réflexion prend une résonance particulière au Mémorial du Genocost. Dans un espace consacré à la mémoire, l’exposition établit un pont entre le livre et le devoir de transmission. La démarche d’Emmanuel Mabondo invite à ne pas considérer la mémoire uniquement comme un regard tourné vers le passé, mais aussi comme une responsabilité envers les générations futures.
L’exposition ne sera d’ailleurs pas limitée à la présentation de l’œuvre. Une boîte aux lettres destinée à recueillir les mots du public pour la mémoire collective sera mise à disposition. Les participants pourront y déposer un souvenir qu’ils souhaitent préserver, le nom ou l’histoire d’une personne à laquelle ils pensent, ou encore leurs espoirs pour l’avenir de la Nation. Ces écrits doivent rejoindre le « Manuscrit de Mémoire ».
À travers cette initiative, le public est donc appelé à passer du statut de spectateur à celui de contributeur. Chacun pourra laisser une trace, raconter une mémoire ou formuler une espérance. La plume devient ainsi un instrument de conservation et de transmission.
Cette démarche s’inscrit dans le parcours même de l’auteur. Né le 20 décembre 2001 en République démocratique du Congo, Emmanuel Mabondo puise dans un parcours multiculturel entre le Congo, l’Afrique du Sud, la France et la Côte d’Ivoire. Son parcours est également marqué par des engagements dans les milieux académiques et culturels autour de la responsabilité générationnelle, du leadership et de la construction intellectuelle.
Avant Taifa, l’auteur avait publié TiYa en 2022 aux éditions Le Lys Bleu. Préfacé par l’écrivain et homme politique Didier Mumengi, cet ouvrage constitue une première plongée dans une écriture nourrie par les épreuves personnelles, la mémoire et la volonté de résilience.
Dans TiYa, Emmanuel Mabondo établit notamment un parallèle entre son propre parcours et celui de son pays. Le titre, qui signifie « feu » en kikongo, symbolise la souffrance, la purification et la lumière. L’ouvrage rend également hommage à sa mère, Lylie Mumba Kamabwe, décédée le 15 juin 2021, et traduit la volonté de l’auteur de transformer le deuil en détermination et de perpétuer sa mémoire.
Avec Taifa, cette écriture prend une dimension plus large. L’expérience individuelle laisse progressivement place à une interrogation collective sur la Nation et sur le rôle que chaque génération doit jouer dans sa reconstruction. Le jeune écrivain entend ainsi faire dialoguer les générations, en confrontant la mémoire des anciens aux aspirations d’une jeunesse à la recherche de sens et de vérité.
La préface de Taifa est signée par Reine Alapini Gansou, 2e Vice-présidente de la Cour pénale internationale, qui présente l’œuvre comme un essai poétique dont le style et la force de persuasion nourrissent le dialogue intergénérationnel.
Diplômé de l’EDHEC Business School en International Business Finance, Emmanuel Mabondo évolue par ailleurs dans les domaines de la stratégie et de la gouvernance, où il accompagne des dirigeants dans la coordination de projets et la structuration organisationnelle. Il a également présidé l’association EDHEC For African Business entre 2020 et 2021 et a eu l’occasion de porter la voix de la diaspora africaine au Palais de l’Élysée lors du Nouveau Sommet Afrique-France de 2021.
L’exposition du 4 septembre apparaît dès lors comme une nouvelle étape dans un parcours où littérature, mémoire et engagement se croisent. Au-delà de la découverte de Taifa, l’événement entend créer un espace où les souvenirs individuels peuvent rejoindre une mémoire plus vaste et où la jeunesse peut interroger sa place dans la construction de la Nation.
Au Mémorial du Genocost, Emmanuel Mabondo ne viendra donc pas seulement présenter un livre. Il viendra proposer une réflexion sur une Nation qui porte encore ses blessures, sur une mémoire qu’il faut préserver et sur une génération appelée à prendre sa part dans la réparation.
Entre 14h00 et 17h00, l’exposition et l’atelier d’écriture permettront au public de découvrir l’univers de Taifa et de contribuer au « Manuscrit de Mémoire ». La cérémonie officielle interviendra à 18h30.
Une journée où la littérature entend devenir davantage qu’une œuvre écrite : une mémoire à transmettre, une conscience à éveiller et une invitation à participer à la réparation du cœur de la Nation.
✍🏽 Par Bobo Bolia Trésor



