Après l’incendie meurtrier survenu dans la nuit du 4 au 5 septembre à la salle de fêtes Panacée, le Gouvernement a ordonné un contrôle systématique des salles de fêtes et autres espaces accueillant du public, avec une consigne claire : fermer immédiatement les établissements qui ne respectent pas les normes de sécurité. Une décision qui se veut ferme, mais dont la véritable portée dépendra désormais de son application sur le terrain.
Le drame de Panacée, qui a fait plusieurs morts et blessés, a brutalement remis au centre du débat la question de la sécurité dans les lieux accueillant du public. À la suite du sinistre, les autorités ont annoncé des contrôles généralisés et, à Kinshasa, un rapport d’exécution est attendu dans un délai de quinze jours.
Mais derrière cette décision d’urgence se pose une question de gouvernance : que vaut une mesure de fermeture si son application peut, à terme, être affaiblie par des interventions, des arrangements ou des négociations ?
Le problème n’est pas le principe du contrôle, qui apparaît nécessaire. Il est dans la capacité des services chargés de l’appliquer à rester constants une fois l’émotion provoquée par le drame retombée. Car contrôler après une catastrophe est une réaction attendue ; contrôler avant qu’elle ne survienne devrait être la règle.
Les premières constatations rapportées après l’incendie de Panacée ont d’ailleurs fait état d’insuffisances concernant notamment les conditions d’évacuation, tandis que les circonstances exactes du sinistre restent encore soumises à enquête.
Dès lors, la nouvelle opération ne devrait pas se limiter à une campagne ponctuelle destinée à rassurer l’opinion publique. Elle doit permettre d’identifier les établissements dangereux, de leur imposer effectivement les travaux nécessaires et, lorsque les conditions de sécurité ne sont pas réunies, de maintenir les décisions de fermeture jusqu’à la mise en conformité.
Le danger serait de voir une fermeture annoncée publiquement devenir, quelques jours ou quelques semaines plus tard, l’objet de négociations discrètes permettant une reprise des activités sans que les insuffisances initiales aient réellement disparu. Une telle pratique, si elle venait à se produire, viderait la décision gouvernementale de sa substance et transformerait une mesure destinée à protéger des vies en simple formalité administrative.
La question de la transparence devient donc centrale. Qui contrôlera ? Selon quels critères ? Quels établissements seront fermés ? Lesquels seront autorisés à rouvrir ? Qui vérifiera la mise en conformité ? Et surtout, les rapports de contrôle seront-ils suffisamment documentés pour permettre au public de savoir si les décisions annoncées ont réellement été exécutées ?
Le Gouvernement a annoncé une ligne ferme. Il appartient désormais aux autorités provinciales, aux services de sécurité et à la Protection civile de démontrer que cette fermeté ne s’arrêtera pas aux communiqués et aux descentes médiatisées. Le rapport attendu dans quinze jours pour Kinshasa devra surtout permettre de mesurer la réalité des actions engagées.
Car le drame de Panacée rappelle une évidence que les contrôles post-catastrophe ne doivent pas faire oublier : la sécurité d’un lieu recevant du public ne peut pas être négociable. Une salle conforme doit pouvoir fonctionner, une salle dangereuse doit être mise aux normes ou rester fermée, et aucune pression ne devrait pouvoir faire passer la recherche de recettes ou les intérêts particuliers avant la protection des vies humaines.
L’enjeu dépasse donc Panacée. Il concerne la crédibilité même de l’action publique. Si cette nouvelle campagne aboutit à des contrôles sérieux, des fermetures effectives, des mises en conformité vérifiables et un suivi permanent, elle pourra constituer un véritable tournant. Mais si, après quelques jours de fermeté, les décisions se dissolvent dans les arrangements et les négociations, alors le risque sera grand de voir se reproduire demain ce que la tragédie d’aujourd’hui aurait dû définitivement empêcher.
✍🏽 Par Chevalier Mukanzu



