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Laurent-Désiré Kabila trahi par l’État : quand le gouvernement abdique devant l’histoire

Le 16 janvier devrait être un moment de recueillement national, un temps de mémoire collective et de responsabilité historique.

Pourtant, année après année, la République démocratique du Congo assiste à une scène aussi choquante qu’inacceptable : l’absence flagrante de l’État congolais dans la commémoration officielle de la disparition de Laurent-Désiré Kabila, Héros national reconnu par la République.

Ce silence gouvernemental n’est ni anodin ni excusable.
Il est une faute politique grave, une démission morale et un affront à l’histoire nationale.

Un héros national réduit à une affaire partisane
Comment expliquer que la mémoire d’un Héros national soit aujourd’hui portée presque exclusivement par le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), comme s’il s’agissait d’un patrimoine partisan et non d’un héritage national ?

En laissant cette célébration aux mains d’un seul camp politique, le gouvernement en place commet une erreur lourde de sens : il privatise l’histoire nationale par son inaction.

Laurent-Désiré Kabila n’est pas un simple ancien chef d’État, il est celui qui a mis fin à une dictature de 32 ans, celui qui a rendu au peuple congolais sa souveraineté politique et symbolique.

À ce titre, sa mémoire appartient à la Nation toute entière, et non à une formation politique, aussi illégitime soit-elle, selon les dernières sanctions du pouvoir en place.

Un gouvernement sans mémoire est un gouvernement sans vision. L’absence remarquée et répétée des membres du gouvernement aux cérémonies de commémoration traduit une chose : un pouvoir qui peine à assumer l’héritage de l’État qu’il dirige.

Peut-on gouverner un pays sans honorer ceux qui l’ont façonné ?

Peut-on prétendre incarner la continuité républicaine tout en tournant le dos à l’un de ses symboles les plus forts ?

Ce mutisme officiel face à la mémoire de Laurent-Désiré Kabila est le reflet d’un malaise plus profond, la peur de l’histoire, la gêne face à la comparaison, ou pire, l’indifférence à l’égard des valeurs fondatrices de la Nation.

La mémoire nationale n’est pas optionnelle, honorer un Héros national n’est ni un acte partisan ni un calcul politique.

En s’abstenant de prendre part activement à cette commémoration, le gouvernement envoie un message dangereux, celui d’un État qui choisit ses héros selon les circonstances politiques du moment.

Aujourd’hui, c’est Laurent-Désiré Kabila qui est relégué. Demain, qui d’autre sera effacé de la mémoire collective par convenance politique ?

PPeut-on croire à une mémoire sanctionnée par la filiation politique ?

Plusieurs questionw dérangeantes s’imposent alors, et le gouvernement ne peut plus l’esquiver à savoir :

Laurent-Désiré Kabila est-il aujourd’hui négligé parce qu’il est le père de Joseph Kabila ?

Si tel est le cas, alors la République est en train de commettre une faute historique majeure.

Depuis quand la filiation politique d’un homme efface-t-elle son statut de Héros national ?

Depuis quand l’histoire du Congo devient-elle otage des règlements de comptes, des ressentiments ou des calculs politiciens ?

En marginalisant la mémoire de Laurent-Désiré Kabila, le pouvoir donne l’impression troublante de confondre rivalité politique et devoir de mémoire, au mépris de l’intérêt supérieur de la Nation.

Laurent-Désiré Kabila n’a pas libéré le Congo pour un clan, ni pour une famille. Il l’a fait pour un peuple, même pour ceux qui gouvernent aujourd’hui.

Le réduire aujourd’hui à son lien de parenté avec un ancien président devenu enemie du pouvoir en place, c’est rabaisser l’histoire nationale au niveau des querelles politiciennes, et c’est surtout trahir l’esprit même de la République.

Si la mémoire d’un Héros national devient conditionnée par l’identité ou le parcours politique de ses héritiers, alors plus aucun symbole national n’est à l’abri.

Et ce précédent est dangereux, il ouvre la porte à une histoire officielle sélective, injuste et manipulable.

PPar ailleurs, le gouvernement peut continuer à se taire, à esquiver, à se cacher derrière des silences institutionnels soigneusement entretenus, mais qu’il le sache : l’histoire ne se négocie pas et la mémoire nationale ne s’efface pas par calcul politique.

En abandonnant la commémoration de Laurent-Désiré Kabila, Héros national, l’État congolais abdique une part de sa légitimité morale.

Un pouvoir qui choisit quels héros méritent d’être honorés et lesquels doivent être relégués n’est pas un pouvoir fort, mais un pouvoir prisonnier de ses peurs et de ses contradictions.

La République démocratique du Congo ne peut pas se construire sur l’oubli volontaire, ni sur la vengeance politique déguisée.

Honorer Laurent-Désiré Kabila n’est pas un acte de fidélité à un homme ou à un camp, mais un acte de fidélité à la Nation.

Soit il assume pleinement son rôle de garant de la mémoire nationale, soit il accepte d’entrer dans les livres comme celui qui a laissé un Héros national être confiné à une chapelle politique.
Et ce jour-là, aucune communication officielle ne pourra masquer cette défaillance.

✍🏽 Par Bobo Bolia Trésor

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