Dans les établissements de santé, la nutrition des patients est aujourd’hui reconnue comme un pilier essentiel de la prise en charge médicale. Pourtant, de nombreuses études et rapports soulignent que ce domaine reste encore insuffisamment valorisé, malgré ses impacts directs sur la guérison.
La dénutrition touche une proportion importante de patients hospitalisés, estimée entre 20 % et 40 % selon plusieurs études, liée soit à la maladie elle-même, soit à une alimentation inadaptée durant l’hospitalisation. Le nutritionniste congolais Désiré Bombile, initiateur de cette approche en République démocratique du Congo, insiste sur l’importance stratégique de la nutrition en milieu hospitalier.
« La nutrition en milieu hospitalier est l’ensemble des pratiques visant à évaluer, adapter et suivre l’alimentation du patient dans le but de soutenir le traitement médical. Elle fait partie intégrante des soins et repose sur une approche scientifique et personnalisée. Elle joue un rôle majeur dans l’accélération de la guérison, le renforcement du système immunitaire, la réduction des complications et l’amélioration de la réponse aux traitements. En réalité, on ne soigne pas efficacement sans intégrer la nutrition », a-t-il expliqué.
Selon lui, la nutrition hospitalière permet également de réduire la durée d’hospitalisation, diminuer les coûts des soins, prévenir la malnutrition hospitalière, améliorer la qualité de vie du patient et favoriser une meilleure récupération post-opératoire.
Longtemps considérée comme secondaire, l’alimentation est désormais perçue comme un véritable acte de soin. Elle ne consiste plus uniquement à fournir des calories, mais à adapter l’alimentation à l’état de santé, aux besoins spécifiques et au profil du patient.
« Le patient doit être mieux nourri parce que beaucoup arrivent déjà fragilisés. La maladie augmente les besoins nutritionnels, les traitements peuvent altérer l’appétit ou l’absorption. L’absence de prise en charge nutritionnelle ralentit la guérison. La nutrition devient donc une nécessité médicale et non un simple confort », a précisé le nutritionniste.
Plusieurs conséquences sont relevées lorsque la nutrition hospitalière n’est pas respectée, notamment l’aggravation de la maladie, le risque élevé de malnutrition, les complications (infections, retard de cicatrisation), l’allongement de l’hospitalisation et l’augmentation du taux de mortalité.
« Négliger la nutrition, c’est compromettre les soins », a-t-il insisté.
Pour améliorer la situation, plusieurs mécanismes ont été proposés, notamment l’élaboration d’un protocole national standardisé, la formation des professionnels de santé, la mise en place d’unités de nutrition hospitalière, l’introduction d’outils de dépistage (MUST, NRS-2002, MNA), le suivi et l’évaluation des patients ainsi que la sensibilisation institutionnelle.
Cette initiative vise une application à l’échelle nationale, dans les hôpitaux publics, les structures privées agréées et les centres de santé, avec pour objectif une couverture progressive et harmonisée.
La nutrition hospitalière concerne également les soignants, les accompagnants et les gardes-malades, dans la mesure où l’environnement nutritionnel global influence la qualité des soins.
Selon les experts, cette approche permet une amélioration significative des résultats cliniques, une réduction de la malnutrition hospitalière, une meilleure qualité des soins en RDC et une plus grande efficacité du système de santé.
Initiée par le Dr Désiré Bombile Iseitoki, nutritionniste clinicien, coordonnateur national de l’ANUCO et Directeur général exécutif de l’OSGCA, en collaboration avec les institutions sanitaires nationales et les partenaires techniques, cette initiative marque une étape importante vers une médecine plus complète, plus préventive et plus efficace en République démocratique du Congo.
✍🏽 Par Sephora M.



