Dans le village de Tshapomoka, groupement Mwilu, le silence des champs détruits contraste avec la colère grandissante des habitants.
Ici, l’agriculture n’est pas un simple moyen de subsistance : elle constitue la colonne vertébrale de la survie communautaire.
Manioc prêt à être récolté, bananeraies en pleine maturité, cultures vivrières entretenues durant des mois…
Selon les habitants, tout aurait été rasé par des engins lourds de la société Kingakila, engagée dans des activités minières dans la province du Lualaba.

D’après plusieurs témoignages concordants, des montants allant de 25 à 200 dollars auraient été proposés comme compensation pour les pertes agricoles.
Des sommes que les paysans jugent « injustes et dérisoires » au regard des superficies détruites, des cultures en pleine saison et des investissements consentis (semences, main-d’œuvre, entretien).
Plus grave encore, affirment-ils, ces montants n’auraient jamais été effectivement versés.
« On nous a parlé d’indemnisation, mais nous n’avons rien reçu. Nos champs sont détruits, nos greniers seront vides », confie un cultivateur rencontré sur place.
Les habitants accusent également certains services du ministère provincial de l’Agriculture d’avoir accompagné le processus sans qu’une évaluation transparente et indépendante des pertes ne soit réalisée.
Selon leurs déclarations, leurs multiples démarches seraient restées sans suite concrète.
Ils affirment même qu’il leur aurait été demandé d’attendre la fin de la construction de la résidence du chef du village avant que leur situation ne soit examinée.
Une explication qui passe mal dans une localité où plusieurs familles disent déjà faire face à des pénuries alimentaires.
À Tshapomoka, la destruction des cultures ne représente pas seulement une perte financière : elle fragilise l’équilibre social d’un village entièrement dépendant de l’agriculture. Sans terres cultivables, certaines familles basculent dans une précarité inquiétante.
Les jeunes, privés d’activités, s’interrogent sur leur avenir.
Les chefs coutumiers redoutent une montée des tensions si aucune solution rapide n’est trouvée.
Ce conflit relance le débat sur la gestion de l’après-mines dans la province du Lualaba. Alors que de nombreuses entreprises minières mettent en avant leurs engagements en matière de développement durable, de responsabilité sociétale et de reconversion économique, des voix s’élèvent pour dénoncer un décalage entre les discours et les réalités du terrain.

Pour les habitants de Tshapomoka, l’« après-mines » ne peut se construire sur les ruines de l’agriculture locale, principal pilier de subsistance de la communauté.
Ils accusent en outre la société Kingakila d’avoir provoqué une pollution environnementale.
À ce stade, aucun rapport technique public n’a été rendu pour confirmer ou infirmer ces allégations.
Contactée, la société Kingakila n’a pas souhaité commenter ces accusations.
Du côté du ministère provincial de l’Agriculture, aucune réaction officielle n’a été enregistrée.
En attendant, à Tshapomoka, les champs sont devenus un terrain de tensions.
Les habitants réclament :
une évaluation indépendante et transparente des pertes ;
une indemnisation juste et proportionnelle aux dégâts subis ;
le respect de leurs droits fonciers ;
des garanties claires pour la protection de l’environnement.
Au-delà des terres détruites, c’est l’avenir même d’une communauté agricole qui semble fragilisé par des intérêts économiques plus puissants qu’elle.
À Tshapomoka, parler d’un « après-mines durable » relève aujourd’hui de l’ironie.
Comment reconstruire demain quand les racines de l’agriculture locale sont arrachées aujourd’hui ? s’interroge la population.
✍🏽 Par Jean-Claude Mukenga.



