Près d’un an après la fermeture de l’aéroport international de Goma, l’AFC/M23 infléchit son discours.
Le mouvement armé, qui contrôle la ville depuis fin janvier 2025, se déclare désormais disposé à discuter d’une éventuelle réactivation de cette infrastructure stratégique.
Mais il pose ses conditions : sécurité, aspects techniques et procédures administratives.
Le 20 février, à Goma, Corneille Nangaa a clarifié la position du mouvement en présence de la commissaire européenne Hadja Lahbib.
Devant la presse, il a rejeté toute responsabilité dans le blocage actuel.
Selon lui, les autorités de fait à Goma seraient les premières à souhaiter la reprise des activités aéroportuaires.
Le responsable de l’AFC/M23 évoque des impératifs sécuritaires persistants, des défis techniques liés à l’état des installations, ainsi que des contraintes administratives.
Il critique également la démarche de certains partenaires internationaux, accusés d’avoir privilégié Kinshasa ou d’autres capitales étrangères au lieu de dialoguer avec ceux qui contrôlent effectivement le site.
Cette prise de position intervient dans un contexte de pression diplomatique accrue.
Fin octobre 2025, une conférence internationale organisée à Paris par la France et le Togo avait insisté sur la nécessité de rouvrir l’aéroport à des fins humanitaires.
Les participants avaient annoncé une mobilisation financière importante en faveur de la région des Grands Lacs, avec un accent sur l’aide d’urgence.
Pour Paris, la remise en service de l’aéroport devait constituer un signal fort en direction des populations du Nord-Kivu, confrontées à une crise humanitaire persistante.
L’AFC/M23 avait toutefois rejeté toute décision prise sans son implication, estimant que seule son autorité pouvait statuer sur les infrastructures situées dans la zone qu’il administre.
Le bras de fer se poursuit.
Les autorités françaises ont publiquement exhorté les détenteurs du site à permettre sa réouverture, invoquant l’urgence humanitaire.
De son côté, le gouvernement congolais affirme avoir rempli les exigences administratives et logistiques, notamment en matière de sécurité des vols.
Sur le terrain, quelques signaux timides ont émergé. Mi-février, une responsable des Nations unies a atterri à Goma, un fait inédit depuis plus d’un an.
La mission onusienne a indiqué vouloir appuyer les mécanismes de vérification du cessez-le-feu, tout en réaffirmant son attachement à la souveraineté de la RDC.
À ce stade, l’aéroport de Goma, comme celui de Kavumu à Bukavu, reste fermé aux vols commerciaux réguliers.
L’ouverture affichée par l’AFC/M23 ne vaut pas feu vert immédiat.
Elle révèle toutefois un repositionnement stratégique : le mouvement cherche à s’imposer comme interlocuteur central dans toute discussion relative aux infrastructures situées sous son contrôle.
La question demeure entière : cette disponibilité au dialogue se traduira-t-elle par des avancées concrètes ? Dans l’est de la RDC, où la situation humanitaire continue de se dégrader, le temps diplomatique se heurte à l’urgence du terrain.
✍🏽 Par la rédaction



