À Tenke Fungurume Mining (TFM), filiale du groupe chinois CMOC, les accusations qui émergent ne relèvent plus de simples tensions sociales internes.
Elles décrivent un climat de travail profondément dégradé, marqué par une série de pratiques dénoncées comme discriminatoires, inégalitaires et attentatoires à la dignité des travailleurs congolais, dans une entreprise pourtant soumise aux lois de la République démocratique du Congo.
Selon des informations concordantes issues d’organisations de la société civile et de témoignages internes, la marginalisation des cadres congolais s’est progressivement installée comme un mode de gestion.
Ainsi, dans plusieurs départements stratégiques notamment les Mines, le Process, la Formation, la Logistique, les services supports et le Développement communautaire des cadres nationaux qualifiés auraient été écartés des fonctions décisionnelles, privés de responsabilités effectives ou relégués à des rôles secondaires, sans justification claire ni procédures transparentes.
Dans le même temps, ces postes seraient occupés par du personnel expatrié, souvent positionné sans respect strict des règles internes ni du principe de compétence.
De fait, un sentiment largement partagé s’installe parmi les travailleurs congolais : à TFM, la nationalité tendrait à primer sur l’expérience et la qualification.
Une telle logique, si elle est avérée, constituerait une discrimination fondée sur la nationalité, formellement interdite par la Constitution congolaise, le Code du travail et les conventions fondamentales de l’Organisation internationale du Travail ratifiées par la RDC.
Pour de nombreux observateurs, cette situation nourrit une frustration profonde et durable dans une entreprise où la main-d’œuvre congolaise constitue pourtant la majorité.
Par ailleurs, plusieurs témoignages font état de pratiques qualifiées de « garage professionnel.»
Concrètement, des cadres congolais seraient maintenus sous contrat mais volontairement exclus de toute responsabilité réelle, assignés à des fonctions vides de contenu.
Cette mise à l’écart prolongée agit comme une pression psychologique constante, visant à provoquer des départs forcés sans recourir à des licenciements formels.
Dans le langage du droit du travail, de telles méthodes s’apparentent à des licenciements déguisés et à des formes de harcèlement professionnel.
Dans le prolongement de ces accusations, les conditions de vie et de travail sont également pointées du doigt.
Des sources concordantes décrivent une différence de traitement flagrante entre les camps destinés aux travailleurs congolais et ceux réservés au personnel expatrié.
Le camp Bravo, occupé majoritairement par des Congolais, est présenté comme dégradé et insuffisamment entretenu, tandis que les installations réservées aux expatriés bénéficieraient d’un entretien régulier et d’infrastructures de meilleure qualité.
Une situation qui, au-delà du confort matériel, pose la question du respect de la dignité humaine et du principe d’égalité des conditions de travail.
Dans ce contexte déjà tendu, des comportements contraires aux règles internes et aux normes de santé au travail sont également signalés, notamment le non-respect de certaines interdictions dans les espaces professionnels, sans sanctions visibles. Ce laxisme perçu alimente l’idée d’un climat d’impunité et renforce le sentiment d’injustice au sein du personnel local.
En outre, la mise à l’écart progressive des cadres congolais, y compris dans les départements en charge du Développement communautaire, aurait pour effet d’affaiblir le dialogue avec les communautés riveraines et de neutraliser les mécanismes internes d’alerte.
Cette situation intervient alors que le groupe CMOC est déjà confronté à des accusations de violations environnementales autour de ses sites miniers, ce qui renforce les inquiétudes quant à une possible stratégie de verrouillage de l’information.
Dès lors, le déséquilibre croissant entre personnel congolais et expatrié apparaît comme un facteur de risque majeur pour la stabilité sociale dans le Lualaba.
Dans une province où les attentes liées à l’exploitation minière sont fortes et les frustrations déjà vives, la persistance de telles pratiques pourrait entraîner des conséquences sociales difficiles à contenir.
Au-delà de CMOC-TFM, ces accusations interpellent directement les autorités chargées du contrôle du travail et du secteur minier.
Car laisser perdurer un système perçu comme humiliant et discriminatoire reviendrait à banaliser la violation des droits fondamentaux des travailleurs congolais.
À ce stade, la question centrale n’est plus celle de la performance industrielle ou des volumes de production.
Elle est celle du respect de la loi, de la dignité humaine et de la responsabilité sociale. Sur ces points, le silence et l’inaction ne sauraient être indéfiniment tolérés.
✍🏽 Par la Rédaction



